Photo d'un orgue de sirènes

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Othman Ouaiss

Orgue de sirènes

De tout ce qu’a inventé Jean-François Laporte au fil des ans, l’Orgue de sirènes demeure son instrument emblématique. Élégant, intriguant, d’une puissance inégalée, cet orgue frappe l’imaginaire des spectateurs autant que celui des compositeurs.

En 1997, Laporte a travaillé sur la symphonie portuaire de la compositrice Monique Jean. Ce concept, importé de Terre-Neuve-et-Labrador, consiste à composer une œuvre pour bateaux, trains, églises et autres sources sonores que l’on peut trouver ou regrouper dans un port. Laporte a alors eu l’occasion d’expérimenter l’incroyable force des sirènes de bateaux. L’année suivante, il réalisait sa propre symphonie portuaire, ce qui lui a permis d’approfondir cet orchestre inusité.

C’est de là qu’est née l’idée de l’Orgue de sirènes. Les sirènes de bateaux étant beaucoup trop grosses (et bruyantes !) pour en faire un instrument de scène, Laporte s’est rabattu sur les klaxons de camions lourds, qui se composent d’une sirène et d’un pavillon. 

Après des recherches poussées et plusieurs itérations, l’Orgue de sirènes se compose aujourd’hui de six sirènes (ou klaxons) : deux fondamentales (à la même note), une tierce majeure, une tierce mineure, une quinte et une sirène modifiée. Il y a aussi deux autres sirènes sans pavillon qui permettent de générer des fréquences très aigües. L’arrivée d’air comprimé est contrôlée soit par un pédalier, soit à l’aide de robinets, ce qui permet une plus grande variété d’articulations (attaque, sons tenus, crescendo/decrescendo, etc.). 

L’interprète s’assoit sur une chaise parmi les pavillons qui sont tournés vers le public. Cette position lui permet d’intervenir dans les pavillons, y insérant ici un tube, là son poing selon une technique empruntée aux joueurs de cor français. Ces manipulations altèrent le volume, l’attaque et le timbre des sons produits. De plus, le fait que le musicien soit derrière les pavillons lui permet de ne pas être assourdi par le volume sonore. 

Si l’instrument porte le nom d’orgue, ce n’est pas uniquement à cause qu’il s’agit d’air envoyé dans des tuyaux. L’Orgue de sirènes possède aussi la présence, la prestance et le caractère imposant de l’orgue d’église.

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que l’Orgue de sirènes soit l’instrument préféré toutes catégories des compositeurs invités à travailler avec l’instrumentarium de Jean-François Laporte. Outre son créateur, les artistes suivants ont composé des œuvres pour Orgue de sirènes et sons fixés ou électroniques en direct : Girilal Baars (« Daral un vers de dreit nien »), Nicolas Bernier (« Micro_Mouvement »), Maxime Corbeil-Perron (« Vertiges »*), Francisco Huguet (« Cabeza de montaña II »), Line Katcho (« Corps de brume »*), Maxime McKinley (« À son insu »*) et Félix-Antoine Morin (« Plateforme »**).

Bien qu’on puisse écouter l’Orgue de sirènes sur disque, rien ne surpasse l’expérience de l’entendre « en personne ». Sa musique très physique ne laisse personne indifférent.

*Parue sur le CD Totem électrique II (Kohlenstoff, 2016).
**Parue sur le CD Totem électrique (Productions Totem contemporain, 2013).