Photo d'un tu-yo

Photo:

La Conserve Média

Tu-Yo

Souffler dans un tube : enfants, on a tous fait ça. Or, pour rendre la chose vraiment intéressante, musicalement parlant, il faut trouver le bon matériau et les techniques pour l’exploiter à fond. Le Tu-Yo est le premier instrument de type tubulaire que Jean-François Laporte a conçu. Son nom à la graphie si particulière évoque les pronoms personnels espagnols pour « toi » et « moi ».

Le Tu-Yo est un tuyau dont l’un des orifices est coiffé d’un ballon en latex préalablement fendu. Cette membrane ajoute résonance et articulation à l’instrument. L’interprète souffle dans l’embouchure du ballon, qui fait office d’anche double. La note fondamentale produite dépend de la longueur et du diamètre du tuyau. Pour faire varier la longueur, on peut tirer sur l’embouchure en latex pour ainsi « allonger » et « raccourcir » le tuyau, ou encore comprimer d’un doigt le cou de l’embouchure pour faire « crier » l’air et faire battre le latex. 

Le Tu-Yo produit essentiellement un bourdon grave, très pur à la base, pouvant aller jusqu’à une palette stridente, torturée, lorsqu’on force la membrane à vibrer de manière sonore. Joué « au naturel », le Tu-Yo exige une maîtrise du souffle continu (parfois appelée « respiration circulaire »), où l’on inspire tout en expirant afin d’alimenter un souffle sans discontinuer. Évidemment, on peut pallier cela en branchant un compresseur d’air à l’embouchure. Cette approche mécanique permet aussi d’atteindre un volume et de produire des phénomènes sonores inaccessibles par la seule force des poumons. C’est ce type de jeu qui est utilisé dans les compositions « Rust » du duo RUST (J-F Laporte et Benjamin Thigpen) et « Inner Island » du duo Inner Island (Laporte et Virgile Abela). Soulignons aussi « Vagus », une composition de Laurie Radford pour Tu-Yo et bande multicanaux, « At the Discretion of River » de Samuel Béland, pour Tu-Yo et électroniques en direct, ainsi que « Ksana »* de Benjamin Thigpen, pour deux Tu-Yo et ordinateur.

En installation sonore, les tensions sur l’embouchure et sur le cou de celle-ci sont confiées à des moteurs contrôlés par ordinateur, tout comme l’activation d’une attache autobloquante (de type « tie wrap ») dont la tête rebondira sur la membrane. C’est le cas dans « Khôra » et « Psukhô », deux installations visuelles et sonores de Laporte. 

Le Tu-Yo incarne à merveille la démarche artistique de Jean-François Laporte : partir d’un principe simple, puis en tirer un maximum de possibilités à travers la recherche de matériaux et de techniques de jeu optimaux.

*Publiée sur le CD Totem électrique (Productions Totem Contemporain, 2013).